Airbus : Saint-Nazaire n'est plus à vendre !
Coincé par l'effet dollar et l'hostilité des salariés français, EADS jette l'éponge et ne se sépare plus des deux usines françaises qu'il envisageait de céder.
L'information sera officialisée aujourd'hui. Latécoère ne reprend pas les usines d'assemblage d'Airbus (EADS) de Saint-Nazaire-Ville et Méaulte..., alors que sa direction affirmait être encore en piste pour le rachat il y a 24 heures ! Ce nouveau rebondissement, qui sera ponctué par la filialisation « provisoire » des deux usines concernées, est spectaculaire, mais pas totalement surprenant.
La décision prise par EADS de geler la vente de ses sites français devenait chaque jour de plus en plus inéluctable. Ces derniers mois, les obstacles à la cession n'ont pas arrêté de s'accumuler. Sur fond d'affaiblissement du dollar, l'intérêt de racheteurs potentiels en zone euro s'est effrité avant de parfois s'effondrer. Latécoère a commencé à discuter quand l'euro valait 1,35 dollar. Il vaut aujourd'hui 1,54.
Concurrence franco-allemande
La flambée de l'euro et la crise financière ont porté un coup fatal au projet, d'autant plus facilement que la plupart des candidats repreneurs, en France comme en Allemagne, n'avaient pas une solidité financière à toute épreuve.
L'échec de la revente des sites allemands et leur filialisation, fin mars, ne pouvait, dès lors, qu'aboutir à un échec global de l'opération des cessions d'usines. Dans un contexte de concurrence franco-allemande exacerbée, syndicats et salariés français ont vite annoncé la couleur, par voie de débrayages bien suivis. Pas question d'accepter une inégalité de traitement entre les usines allemandes (à l'abri dans une filiale) et les françaises (livrées à des racheteurs à la solidité hypothétique). D'autant que les salariés français ont l'impression d'avoir déjà payé un prix social supérieur à leurs collègues germaniques.
Les syndicats ont également eu beau jeu de faire comprendre à leurs dirigeants que la solution de la sous-traitance à outrance n'était peut-être plus d'actualité au moment où Boeing, champion de l'externalisation industrielle, en découvre les effets pervers. Handicapé par la « qualité » de la sous-traitance, son Dreamliner a déjà annoncé trois retards de livraison.
Paul BUREL.
Ouest-France