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Élodie, accompagnée de sa mère Annick Amouriq, arrivant, hier, au tribunal administratif de Limoges. : AFPAnnie Amouriq, ses proches et son avocat attendent, avec un espoir mêlé d'inquiétude, la décision du tribunal administratif de Limoges. Elle sera rendue dans environ deux semaines. Les juges administratifs ont examiné, jeudi, sa demande d'indemnisation visant l'hôpital de Châteauroux (Indre). Élodie, sa fille d'Annie, y est venue au monde le 12 août 1982, dans des conditions extrêmes.
Quand le bébé naît, avec deux semaines de retard sur le terme normal de la grossesse, il ne pousse pas un cri. Annie raconte, inlassablement, la même histoire aux journalistes : « J'ai vu le cordon ombilical, énorme et vert. J'ai tout de suite compris qu'elle était morte. » Contre l'avis des parents, le médecin entreprend un massage cardiaque du bébé, apparemment mort-né, et pratique une intubation. Quelques minutes plus tard, il annonce : « J'ai réanimé votre enfant. Elle sera - ou ne sera pas - totalement handicapée. »
Comment prouver l'erreur ?
À 26 ans, Élodie ne parle pas, ne voit pas. Elle est incapable de se tenir debout et de manger seule : handicapée physique et mentale à 100 %. Annie, qui a renoncé à sa profession, s'occupe de « sa petite chérie » 24 h sur 24 h. Seule, dans leur petite maison de Thouaré, près de Nantes, depuis que son époux est décédé d'une crise cardiaque en 2000.
« À la mort de mon mari, des proches m'ont dit : 'Si ta fille se trouve dans cet état, c'est en raison d'une erreur médicale. Tu peux demander réparation'. » Son conseil, l'avocat parisien Philippe Meilhac sollicite l'avis d'un expert privé. Qui se heurte, très vite, à un obstacle insurmontable : l'hôpital de Châteauroux ne retrouve pas le dossier médical d'Élodie. À sa demande, le tribunal administratif de Limoges désigne un expert officiel, qui relève un certain nombre de négligences dans le suivi de la jeune maman. Mais il se trouve, lui aussi, bloqué par l'absence de dossier.
Les juges peuvent-ils se prononcer sur la responsabilité de l'hôpital en l'absence de ce document ? Et la perte du dossier n'est-elle pas une faute grave ? C'était tout l'enjeu de l'audience de jeudi. Mme Amouriq réclame plusieurs millions d'euros de dédommagement « pour assurer l'avenir d'Élodie, même après ma mort ».
Le commissaire du gouvernement a pris une position apparemment contradictoire. Il recommande que l'hôpital de Châteauroux soit condamné à prendre en charge les frais de justice, mais il estime que la faute de l'établissement n'est pas établie.
Annie Amouriq et Me Meilhac s'indignent : « D'un côté, on nous demande une preuve, de l'autre, on nous prive des moyens de l'apporter. Si l'on rejette notre demande, ce sera, pour tous les hôpitaux de France, une incitation à égarer leurs dossiers. »
André FOUQUET.