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La manifestation gaulliste du 1er juin 1968 à Nantes. : Centre d'histoire du travail. Daniel GarnierUn peu plus tôt, il était encore au bar de l'Assemblée nationale, avec quelques collèges, observant la foule, se demandant à quel camp elle appartenait. Jusqu'à ce qu'il entende crier le nom du général et la rejoigne, ceint de son écharpe tricolore. Ensuite, ce sera la manifestation de Nantes, le samedi 1er juin, au départ de Graslin. Benoît Macquet, 54 ans, a le sentiment de revenir de loin.
Pourtant, il en a vu d'autres. Blessé par balle alors qu'il manifestait contre les Croix de Feu du colonel de la Roque, en 1934. Déporté à Dachau. Mais en 1968, « j'ai eu peur », répète encore le vieux gaulliste. « C'était dur, on se demandait comment tout cela allait se terminer. »
Au début des événements, il se trouve à Paris. « Avec Lucien Neuwirth (NDLR : celui qui fera légaliser la pilule), nous allions dans la rue discuter et essayer de calmer les gens. » La situation se tend. « À la maison, ma femme recevait des insultes, des lettres anonymes. »
Retour dans sa circonscription de Rezé. « Il n'était pas prudent de prendre un avion régulier. Un avion spécial, de l'armée de l'Air, a ramené les parlementaires. À Nantes, il s'est posé à 20 h, une heure avant l'avion de Paris qu'attendait un commando de grévistes de Sud-Aviation. » L'usine est occupée, et le directeur Pierre Duvochel séquestré. « Je l'ai appris par l'ingénieur Jacquot, des Ponts et Chaussées, dont le bureau se trouvait au terrain d'aviation. Par une ligne directe, j'ai réussi à joindre le directeur. Je lui ai demandé s'il fallait faire le nécessaire pour le délivrer. Il a décliné l'offre dont il redoutait les conséquences. »
Un grand isolement
Benoît Macquet organise le Comité de Défense de la République. « C'était une petite section, sur modèle d'un réseau de résistance. Nous n'étions pas nombreux. Le siège se trouvait dans un restaurant du boulevard des Pas-Enchantés, à Saint-Sébastien-sur-Loire. C'est là que nous organisions les distributions de tracts et les collages d'affiches pour le sud-Loire. » En fait, explique l'ancien élu, « nous allions rarement à Nantes, à cause de l'occupation du pont de Pirmil par les grévistes. Nous ne pouvions organiser des réunions publiques, et il était difficile de trouver des imprimeurs. Pour l'essence, la nuit on s'arrangeait avec des pompistes. Un jour, j'étais allé à la télé régionale pour une interview. J'attendais là, depuis cinq minutes, quand arrive un commando qui voulait intervenir à l'antenne. Doublet, le présentateur, a réussi à interrompre l'émission. Le lendemain, le préfet supprimait les informations régionales. »
Situation difficile, reconnaît Benoît Macquet. « Nous étions isolés, confrontés à l'indifférence des gens qui subissaient les événements. La nuit, j'étais obligé de laisser mon téléphone décroché. Même l'évêque, Mgr Vial, tenait des propos où il semblait apporter son soutien aux révolutionnaires. Régulièrement, je contactais le secrétariat du groupe, à l'Assemblée nationale, qui nous donnait des nouvelles, et nous remontait le moral. C'est lui qui nous a demandé de revenir à Paris pour la grande manifestation des Champs-Élysées. »
Aux élections de juin, le député fut réélu avec plus de 3 000 voix d'avance.
Marc LE DUC.