Saunier-Duval quitte le Tour : déception à Nantes
Jean-Pierre Fricaud, ouvrier, se souvient de la venue de l'équipe Saunier-Duval à l'usine de Nantes en 2005.
Les déboires de l'équipe cycliste font causer dans l'usine nantaise, où 700 personnes produisent des chaudières. Certains salariés ont mal au coeur.
« La sortie de l'équipe Saunier-Duval du Tour de France, ça fait mal, très mal. » En cette fin d'après-midi éclatante de soleil, Jean-Pierre Fricaud, 52 ans, ouvrier chez Saunier-Duval à Nantes, prend son service dans l'équipe du soir. Cette usine, employant 700 salariés, est le seul site industriel du fabricant de chaudières et chauffe-bain en France, appartenant à l'Allemand Vaillant Group.
Jean-Pierre vient d'apprendre que l'équipe Saunier-Duval quittait le Tour, à la suite du contrôle positif à l'EPO de l'un de ses coureurs Riccardo Ricco. Pour ce passionné de vélo, c'est une grosse déception. « J'étais très fier de voir des coureurs de Saunier-Duval gagner des étapes du Tour de France. »
Il soupire: « Le maillot jaune et blanc de Saunier-Duval, on l'a beaucoup vu dernièrement : sur le Giro, au Championnat de France. En plus, il flashe. Eh bien, là, il est un peu terni ce maillot. »
« La faute au dopage et à l'argent »
Il se souvient de la venue de l'équipe à Nantes: c'était en 2005 quand Saunier-Duval a créé cette formation. « Ils avaient traversé l'usine à vélo. Et une exposition de maillots du Tour et de vieux vélos avait été organisée. » Jean-Pierre se rembrunit encore davantage: « J'espère que la marque ne va pas en souffrir. »
L'un de ses collègues, Yannick, 50 ans, qualiticien, ne le pense pas. « Certes, ce n'est pas une bonne pub, mais je ne suis pas inquiet. L'image de la marque repose sur bien d'autres aspects. » Il lâche, un brin dépité: « Je m'intéresse de plus en plus au vélo comme loisir, et de moins en moins comme sport. La faute au dopage et à l'argent. Ce qui arrive ne me surprend pas vraiment. » Pourtant, il continue à suivre le Tour à la télé. « C'est un vrai spectacle. » Lui aussi a en mémoire la venue de l'équipe à Nantes. « Cette année-là, un quiz avait été organisé. J'avais gagné un tee-shirt et un sac. Et un vélo de course avait été gagné dans l'usine. » Mais il note que Saunier-Duval « a beaucoup moins communiqué en interne sur le cyclisme cette année ». Il s'interroge: « Est-ce lié aux doutes quant à l'image du vélo aujourd'hui ? »
Non, répond la direction de Saunier-Duval. « C'est une question de stratégie de communication, davantage axée cette année sur les énergies renouvelables. » De l'inquiétude pour l'image de la marque? « Non. Nous sommes, certes, partie prenante dans le cyclisme confronté à des problèmes de dopage. Mais nous représentons surtout une marque centenaire, connue et appréciée de nos clients. » La direction ajoute que « Saunier-Duval avait incité l'an dernier le manager général de l'équipe à renforcer encore les contrôles, afin d'être assuré d'un maximum d'éthique. Mais nous sommes sponsors. On ne peut pas être derrière chaque coureur. »
Mais Saunier-Duval compte-t-il se désengager de l'équipe? « À ce jour, c'est impossible d'y répondre. Nous faisons partie d'un groupe : la décision lui appartient. »
Jacques SAYAGH.
Ouest-France