À la Folle Journée, Schubert est une vraie star
Franz Schubert, habillé au goût du jour, sur l'affiche 2008 du festival. Crédit : Pat'rick Clouet
La 14e édition de cette fête de la musique classique débute, aujourd'hui, dans onze villes des Pays de la Loire, avant son apothéose, à Nantes, la semaine prochaine.
« 70 000 billets le premier week-end, 26 000 ventes en quelques heures de connexion Internet. » À la Cité des congrès de Nantes, l'engouement de rock'star que suscite Schubert, compositeur à l'honneur cette année, continue de surprendre. Pourtant, ici, chacun est habitué : depuis la première édition de la Folle journée, les chiffres de fréquentation ont la fièvre : 18 000 entrées en 1995, 175 000 en 2007 en comptant les concerts décentralisés en région.Créée en 1995 par le Nantais René Martin, la Folle journée est une fête de la musique classique hors normes. Exportée au Brésil, à Bilbao ou au Japon, plébiscitée par onze villes des Pays de la Loire, retransmise sur Arte et France Musique, courtisée par les médias... elle séduit un si grand nombre qu'elle finit par en agacer quelques-uns.Du côté de Brel et BarbaraPourtant, la formule est simple : un long week-end, du talent, encore du talent, des prix de places attractifs et l'engouement d'un public enthousiaste qui, parfois, applaudit entre deux mouvements mais sait aussi faire la fête aux interprètes et bouleverser les solistes les plus exigeants. Comme l'explique Michèle Guillosseau, responsable de la Folle Journée, à la Cité des congrès : « Le plus difficile ici est de ne pas se perdre dans ce tohu-bohu joyeux, cette atmosphère bouillonnante, de se laisser happer par la spirale de la fête, les retrouvailles avec les amis », pour demeurer ensuite face au clavier et à la partition dans une intimité rigoureuse. « En ne perdant jamais de vue la vérité de la musique, l'émotion qui émerge et la beauté. »De retour à Nantes, avec un enregistrement épuré des Impromptus de Schubert et un livre hommage à paraître en mars, le pianiste Philippe Cassard le sait bien. Lauréat du concours Clara Haskil en 1985, il avait 19 ans, à Vienne, quand, à l'écoute du mythique quatuor Alban Berg et du Philarmonic de Karajan, il s'est immergé dans l'univers du compositeur de La jeune fille et la mort. Et l'émotion est intacte quand, aujourd'hui, il se souvient, jeune homme, avoir accompagné la grande cantatrice Crista Ludwig dans des lieders de Schubert.Depuis, il n'a cessé d'explorer cet univers pour poursuivre une « conversation » dont la part de mystère demeure. « Schubert, c'est un confident dans les moments de doute, une voix amie et bienfaitrice. Il vous touche, on ne sait par quel miracle. Si j'avais à trouver des équivalents aujourd'hui, j'irais plutôt du côté de Brel ou de Barbara et des grands mélodistes de variétés pour approcher sa poésie, sa façon de nous bouleverser sans chercher à briller.»Sans doute est-ce l'une des clefs de l'engouement qui fait de Schubert un des musiciens les plus sollicités par le cinéma, de Kubrick à Chabrol, en passant par Robert Bresson ou Claude Miller. Un compagnon qui parle « de manière invisible » aux milliers de fans de la Folle Journée.Yves AUMONT.
Ouest-France