« La terre, un danger pour la mer »
Loïck Peyron a créé l'association Goutte d'eau et prépare notamment une exposition itinérante sur les pollutions de la mer.
Depuis le temps, le navigateur Loïck Peyron est un observateur privilégié des océans. Pour lui, leur état ne s'arrange pas.
LA BAULE
Vous qui naviguez depuis longtemps, que voyez-vous sur les océans ?
« Je me souviens que lorsque j'ai fait ma première transatlantique à 19 ans, j'avais été frappé de voir qu'en pleine mer, l'océan est loin d'être aussi bleu que vu de la lune. Ça remonte un peu maintenant... Mais les choses ont empiré. C'est simple, on ne peut pas revenir d'une transat sans que le bateau soit souillé par une nappe d'hydrocarbure. On retrouve en mer tout ce qui vient de la terre. Le plus gros danger pour la mer c'est bien la terre. On a l'impression que la mer va tout digérer, le problème c'est que parfois ce sont les mammifères marins qui ingèrent toutes ces choses et ce n'est pas beau à voir. »
Y a-t-il des endroits particulièrement salis ?
« Les routes de fort trafic maritime. L'Atlantique nord est sans doute la route la plus sale, même si en Méditerranée, ce n'est pas joli-joli non plus. En fait, toutes ces routes qui portent nos excès de consommation, notre recherche de rentabilité, là où passent des porte-conteneurs chargés plus haut qu'il n'est raisonnable et donc avec ces «boîtes» qui tombent en mer. »
Le grand sud est-il encore protégé ?
« Disons qu'il n'y a pas de trafic là-bas et la même erreur humaine est totalement noyée vu l'immensité et les courants forts et réguliers. La faune y est plus sauvegardée qu'ailleurs. Mais quand j'ai démâté aux îles Kerguelen pendant le Vendée Globe, j'ai vu beaucoup de bateaux de pêche dans ce secteur. Et là, on touche à un autre problème des océans qu'est l'excès de pêche. La pêche c'est de la géopolitique : La France va beaucoup pêcher aux Kerguelen, les Seychelles ont bradé une grande partie de leur territoire maritime, les thoniers de l'océan Indien sont sûrement les pires des pirates. L'excès de pêche devient criminel. »
Quant au littoral, qu'observez-vous ?
« Bizarrement, ce sont dans les pays les plus idylliques qu'on trouve les bords de mer les plus sales. Dans les pays occidentaux, la prise de conscience et l'éducation ont fait leur chemin et on a les moyens de nettoyer. Alors que dans les pays en développement, la population n'a pas conscience de la valeur de son littoral et on se retrouve avec des immondices au bord de l'eau. »
À votre avis, une amélioration de l'état des océans passerait par quoi ?
« Pour améliorer pas mal de choses y compris l'état de la mer, il suffit, et ce n'est pas toujours facile, d'utiliser le mot «respect» dans tout ce que l'on dit, pense et fait. »
Propos recueillis par Marina Cessa
Presse-Océan
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