Le roman de l'été a le goût du sable de la plage
Stéphane Hoffman sur le remblai de La Baule devant une Mini Cooper : « La Baule, c'est ça ! »
Stéphane Hoffmann, chroniqueur de la vie bauloise, dresse un portrait aiguisé des habitués de la station balnéaire des années 80. Et si rien n'avait changé ?
Jérôme Garcin en est persuadé. « Des filles qui dansent » sera le best-seller de l'été. Le bouquin de plage par excellence. Qu'on lira à petites doses en se rôtissant l'arrière-train, et en se mumurant à soi-même (le sable a des oreilles) avec un petit sourire ironique : « Ces Baulois, c'est quelque chose », avant de s'en servir comme pare-soleil pour se mettre le plat-de-côte au diapason.Stéphane Hoffmann sourit et opine du chef, touché du compliment de son confrère du Nouvel Observateur. « Mon éditeur n'en a tiré que cinq mille exemplaires. Et je n'ai pas entendu parler de réimpression. »Pourtant, la saison n'a pas encore commencé que le bouche à oreille fonctionne déjà. À la Librairie du Casino, on demande : « Vous avez le livre qui parle de La Baule · ». Dans quelques semaines, ce sera : « Vous ne l'avez plus, Les filles qui dansent · »Stéphane n'en est pas à son premier essai. Journaliste au Figaro Magazine, où il s'occupe principalement de littérature, ce qui lui donne l'insigne avantage de pouvoir habiter la campagne, bauloise, il a déjà signé plusieurs romans.« Cette fois, j'avais envie d'écrire une histoire d'amour banale. Un gars, une fille. Un truc léger qui ne prenne pas la tête. Et puis voilà ! »On part pour un flirt et on finit dans le roman social. Allez savoir pourquoi ! « Que veux-tu. La Baule, c'est notre baignoire. Ça n'a rien d'autobiographique, mais j'avais envie de parler du coin : La Baule, la Brière, Saint-Nazaire, Nantes... »Foi de Nantais tombé dans la même pataugeoire quelques années plus tôt : il le fait bien. Et même très bien. Ses portraits sont un vrai bonheur et ses descriptions des microcosmes criant de réalisme. « Moi, je suis Nazairien. Pas Baulois. Voilà. C'est comme ça. »Des mondes clos. Fédrun, Saint-Lyphard, Saint-Joachim, les bleds paumés qui sentent la vase dont veut s'échapper son jeune et beau héros, Jérôme, qui fait de la muscu une philosophie. Nantes et sa fac de droit, repaire et refuge des jeunes snobinards qui transfèrent l'été leur libido dans les boîtes de la côte.La Baule, enfin, avec ses codes, ses secrets, ses lignes invisibles autant qu'infranchissables, ses quartiers réservés... Et ses femmes. Les jeunes, jolies. Et les mûres, surtout, appêtissantes. Blondes, invariablement, carré court, le bronzage impeccable, qui passent l'été alanguies sur les transats du Nossibé ou du Beach, après s'être débarrassées de leurs époux, pantalon de toile beige, chemisette ou polo marine et pull jeté sur les épaules, qu'elles ont posés le dimanche soir au train jaune. Expression consacrée des plagistes qui attendent leur heure.L'été, cet autre monde clôt qui sent le sable chaud et dont la Bauloise est reine. Où chaque jour ressemble à la veille. Camille n'est pas du même moule. L'adolescente a soif d'idéal. Elle le trouvera derrière le bar de la plage et il s'appelle Jérôme. Deux gamins en rupture, venus de deux mondes incompatibles.Stéphane a senti le danger. Non, l'aventure ne finira pas dans le vinaigre. Et le grand-père grand bourgeois fera le nécessaire pour que le roman de plage ait la fin heureuse qui sied sous un parasol.La seule faiblesse d'un ouvrage qu'on regrette presque d'avoir lu si vite. Moi, je n'y crois pas au happy end de Stéphane. Confidence : « Moi non plus. Pas trop. Je suis en train d'écrire la suite... »Yves COSSAIS.« Des filles qui dansent », de Stéphane Hoffmann, éd. Albin Michel. 16 €.
Ouest-France
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