+ Réagissez dans notre forum ! + Découvrez notre galerie photos ! + Plus d'infos dans notre dossier spécial !« Seuls les sportifs meurent deux fois », écrivait Antoine Blondin. Le sublime chroniqueur, qui allait jusqu'à boire de l'encre pour mieux pisser de la copie, estimait en effet que la retraite sportive était déjà, une petite mort. Eh bien, on a le sentiment que les Carquefoliens, eux, mourront trois fois. Car leur carrière sportive se sera dédoublée, à travers cette aventure de Coupe de France. Pendant des semaines, et même des mois, ils ont vécu une autre vie, dans un rapport au sport et au public réservé en principe aux très très grands. Et les voilà désormais habités d'une certitude que Denis Renaud affirme d'une voix blanche :
« On sait qu'on ne va plus jamais revivre ça. Plus jamais ! »Le deuil de l'épopée, on le sent, ne sera pas facile à faire. L'entraîneur de Carquefou s'en excuse presque, conscient que
« tout le monde, et notamment les gens qui ne sont pas très football, ne comprendra pas. D'ailleurs, il n'est pas question de faire la fine bouche. » Le groupe, les dirigeants et bénévoles s'autorisent un légitime
« sentiment de fierté, pour le parcours réalisé et l'effervescence partagée avec les gens ». Mais... Car il y a un mais, et même deux.
Le premier, c'est ce but de Pauleta, sur un centre d'Armand, prolongé involontairement de la tête par Max Moreau.
« On le revoit, on se le repasse, et on sait que c'est un but qu'on peut éviter », soupire Denis Renaud.
« Pas envie de revoir le match »Un entraîneur qui parle d'une
« plaie. Sept ans après, chez les Calaisiens, elle n'est pas refermée, alors, j'espère que ça mettra moins longtemps, mais je n'en suis pas sûr ». D'ailleurs, le coach n'a
« pas envie de revoir le match à la télé, comme les Calaisiens, qui n'ont jamais revu leur finale contre Nantes, car ça leur fait trop mal ». La différence tient tout de même au fait que le but du FC Nantes intervint sur une décision litigieuse, ce qui ne fut pas le cas de celui de Pauleta.
« Peut-être », soufflait Denis Renaud, pas encore en mesure de goûter la nuance.
Le deuxième mais, trouve sa source dans les desseins des Carquefoliens. Par souci de ne pas apparaître trop présomptueux, les protégés du président Auray s'étaient interdit d'évoquer certains thèmes. Ils n'en pensaient pas moins, comme l'ont exprimé Sébastien Le Paih et Pierre Mauget, un peu dans le brouillard, sur le plateau de
Nantes 7, mais aussi Denis Renaud :
« Le 24 mai (jour de la finale),
on aurait bien voulu être Paris. Il restait deux petits matches pour y être. » Et puis, il y avait une dimension record.
« Devenir la seule équipe amateur à faire tomber trois équipes de L1 », ça leur tenait à coeur.
Désormais, il va pourtant bien falloir surmonter
« la secousse, car on en a pris plein la gueule », ne pas se laisser happer par ce sentiment de vide. Reprendre l'ordinaire du championnat de CFA 2, pour 6 matches de l'ombre, alors que les jambes sont au moins aussi usées que les têtes. Avec, comme compagne, la peur d'une relégation qui ne marquerait pas, elle, l'histoire du foot français, mais bel et bien celle du club. Cela ferait de la peine, quand bien même il n'y aurait pas mort(s) d'homme.
P.-Y. A.
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