À Nantes, fureur et révolte à la mise sous pli
Colère, fureur. Les enveloppes ont été éparpillées en signe de protestation.
Trop peu d'enveloppes trop mal payées. Hier, les contractuels recrutés pour conditionner la propagande électorale ont laissé éclater leur colère. Victoire vers midi.
Tapis d'enveloppes kraft éparpillées et piétinées, tables encombrées de propagande électorale à l'abandon. Dans l'enceinte de la Beaujoire, à Nantes, le hall 5 ne parvient plus à contenir la grosse colère qui gronde depuis le matin, dans les rangs des 394 contractuels. « On est arrivé à 8 h 30, s'indigne Magali. C'était notre deuxième journée de boulot. On nous avait demandé de nous rendre disponibles pour cinq jours. Un quart d'heure après l'embauche, on n'avait plus rien à faire. Plus qu'à rentrer chez nous. »
Mise sous pli électoral terminée trop vite. Et paye peau de chagrin à la clef. « C'est dégueulasse ! Certains d'entre nous arrivent de Saint-Nazaire, de Saint-Mars-la-Jaille, de vachement loin. On est venu pour rien, ils auraient pu nous prévenir hier soir ! » « Ils ont embauché trop de monde », remarque quelqu'un d'autre. Les trois responsables passent de groupe en groupe pour tenter de calmer le jeu. Pour les municipales, c'est fini : « Vous avez travaillé trop vite ! » Reste les cantonales, qui occupent encore une bonne centaine de personnes, dans le fond du hall. « Pour le second tour, ne vous inquiétez pas. On va privilégier ceux qui n'ont rien pu faire ce matin. »
Salariés cachés
Les uns et les autres (les femmes surtout) n'en finissent pas de faire leurs comptes. Elles ont déboursé pour la garde des enfants, prévu la cantine, mis du carburant. « Tout ça pour 15 centimes d'euros brut l'enveloppe à se partager en cinq. Ce matin, d'après mes calculs, j'ai gagné 2,07 € », résume Véronique, dépitée. Certaines hurlent leur désarroi. Demandent des comptes à la cantonade. Personne pour répondre. Pas de représentants de la mairie, chargée de l'organisation de l'opération. Ni de l'employeur. En l'espèce l'État, via la préfecture.
Brusquement, le conflit s'envenime, dégénère. Une longue rangée de barrières, qui occultait tout le côté gauche du hall 5, tombe pan par pan. De lourdes ganivelles chutent, sans dommage, sur des dos, des têtes... Derrière, surprise : une vingtaine de personnes font de l'étiquetage. Des salariés, payés au smic. Les invectives fusent : « Pourquoi que vous êtes à part de nous, déjà ? » jette une femme, furieuse. Une contractuelle chope un micro, grimpe sur une table, invite à la négociation. C'est à l'employeur qu'il faut demander des comptes, argumente-t-elle.
Applaudissements
Justement. Michel Calvez, directeur adjoint chargé du personnel et des relations avec le public pour la Ville de Nantes, vient d'arriver. Il est en pourparlers avec un petit comité, constitué en urgence pour représenter les 394 contractuels. À midi, la délégation improvisée revient dans le cercle des mécontents. Une jeune femme grimpe sur une palette avec un micro : « L'enveloppe passe de 15 centimes d'euros à 33 centimes, triomphe-t-elle sous les applaudissements. Et aujourd'hui, on nous compte à tous huit heures de travail payées au Smic. »
Agnès CLERMONT.
Ouest-France